Écrase ta cigarette, débouche cette bouteille de rouge qui te regarde du coin de l’œil, et installe-toi. On va parler de la plus belle pièce de théâtre de l’histoire de l’humanité. Une pièce où le premier rôle est tenu par un macchabée qui ne connaît pas son texte.
Bienvenue sur le blog de « Que des conneries, Fantski ! ». Aujourd’hui, on va remuer la terre, au sens propre.
Le décor : Une Rome qui pue la mort et la paranoïa
On est en 897. À cette époque, être Pape, c’était un peu comme être un rat dans une cage remplie de chats affamés. On ne mourait pas de vieillesse, on mourait d’une dague dans les reins ou d’un peu de poison dans son vin de messe.
Le Pape Formose vient de casser sa pipe. Il a régné quelques années, il a fait ses petites magouilles politiques (parce qu’au Vatican, la foi, c’est surtout une question de territoire), et il a fini par aller voir si l’herbe était plus verte de l’autre côté du Styx.
Mais son successeur, Étienne VI, n’est pas du genre à laisser les morts dormir. Étienne, c’est le genre de type qui garderait une rancœur contre un arbre parce qu’il lui a fait de l’ombre. Il détestait Formose. Il le détestait tellement qu’il ne pouvait pas supporter l’idée qu’il s’en soit sorti avec une simple mise en terre.
La mise en scène : Sortez le grand jeu (et le déodorant)
Étienne convoque ce qu’on appellera plus tard le Synode du Cadavre (ou Synodus Horrendenda pour les snobs qui aiment le latin).
L’idée est simple, efficace, et totalement psychopathe :
- On déterre Formose. Sept mois après l’enterrement, je vous laisse imaginer l’état du bonhomme. C’est plus un Pape, c’est un gruyère qui pue.
- On lui enfile ses plus beaux habits sacerdotaux. Soie, or, tiare… la totale.
- On l’assoit sur un trône dans la basilique Saint-Jean-de-Latran.
Imaginez la scène, bordel. Le silence lourd, les bougies qui vacillent, et au centre, un tas de viande putréfiée qui penche dangereusement vers la gauche pendant qu’Étienne VI lui hurle ses quatre vérités au visage. C’est du Beckett, mais avec plus de mouches.
« Pourquoi as-tu usurpé le siège apostolique, toi, fils de la perdition ? »
C’est ce qu’Étienne criait à la carcasse. Et Formose, fidèle à lui-même, ne répondait pas. Il se contentait de perdre un peu de liquide de décomposition sur le tapis de velours.
Le procès : L’avocat du diable (et du mort)
Parce qu’on est chez des gens civilisés, il fallait un procès en règle. On a donc collé un jeune diacre à côté du cadavre. Son boulot ? Être la voix de Formose.
Le gamin devait se tenir là, respirer l’air chargé de particules de Pape en décomposition, et bafouiller des excuses au nom d’un squelette.
- Étienne : « T’as triché pour être Pape, hein, espèce de sac à vin ? »
- Le Diacre (tremblant) : « Euh… non, Votre Sainteté, mon client regrette… »
C’est le sommet de l’absurdité humaine. On a inventé la roue, la philosophie et le vin de Bordeaux pour en arriver là : des vieux en robe qui font un procès à un morceau de barbaque.
La sentence : Charcuterie et natation
Évidemment, le verdict tombe : Formose est coupable. On annule tous ses actes, tous ses décrets. Mais Étienne n’est pas rassasié.
Il ordonne aux bourreaux de couper les trois doigts de la main droite du cadavre. Les doigts de la bénédiction. On tranche dans le cuir sec, on fait craquer les phalanges. Ensuite, on le déshabille (parce que la soie, ça coûte cher), on traîne ce qu’il reste de lui dans les rues de Rome sous les insultes de la foule, et on balance le tout dans le Tibre.
Plouf. Fin de l’histoire ? Pas tout à fait.
Pourquoi c’est la preuve que l’humanité est une blague
Ce qui est fascinant dans cette horreur, c’est le mélange de sacré et de purin. Ces types pensaient sincèrement que Dieu regardait ce spectacle et se disait : « Ah ouais, Étienne, bien joué, tu l’as bien eu ce cadavre ! ».
L’hypocrisie est totale. On invoque les lois divines pour assouvir une vengeance de cour de récréation. On déguise la haine en justice. C’est beau comme un accident de voiture au ralenti.
Ce qu’il faut retenir (si tu n’as pas trop bu) :
- L’ego ne meurt jamais : Même quand ton ennemi est en poussière, ton ego veut encore lui pisser dessus.
- La politique gagne toujours : Ce synode était juste une excuse pour invalider les nominations de Formose et placer les potes d’Étienne.
- Le karma existe (un peu) : Quelques mois plus tard, le peuple de Rome, un peu dégoûté par l’odeur et la folie d’Étienne, l’a foutu en prison et l’a étranglé. Justice poétique.
Allez, remettez une pièce dans le juke-box et repensez à Formose la prochaine fois que vous passerez un mauvais entretien d’embauche. Ça pourrait être pire : vous pourriez être assis sur un trône, mort depuis sept mois, avec un type qui vous hurle dessus.
On se retrouve au prochain épisode pour une autre dose de conneries.












