Tycho Brahe, l’astronome qui a explosé de politesse

Installez-vous confortablement, débouchez une bière tiède et écoutez l’histoire d’un type qui avait les yeux rivés sur l’immensité du cosmos mais les pieds englués dans la connerie humaine la plus totale.

Dans la faune des génies qui ont jalonné notre pauvre histoire, il y a les fous, les suicidaires, les ivrognes et les poètes. Et puis, il y a Tycho Brahe. Un aristocrate danois du seizième siècle qui a passé sa vie à cartographier le ciel avec une précision divine, pour finalement crever comme un parfait abruti, victime de sa propre éducation de bourgeois coincé.

Si vous pensiez que la science était un long fleuve tranquille de calculs ennuyeux et de vieux barbus en robe de chambre, vous vous foutez le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Sortez les cendriers, on plonge dans le caniveau de l’histoire de l’astronomie.

Le pif en or : Un duel pour une sombre histoire de maths

Avant de devenir la superstar des cieux, Tycho était un jeune con arrogant. En 1566, alors qu’il étudie à l’université de Rostock en Allemagne, il se chauffe avec un autre noble danois, un certain Manderup Parsberg. La raison de la dispute ? Une formule mathématique. Oui, vous avez bien lu. Pas une femme, pas une insulte sur leur mère, juste une putain d’équation. Les mecs picolent, le ton monte, et comme ils ont le sang chaud et le cerveau ramolli par la gnôle, ils décident de régler ça à l’ancienne : un duel à l’épée dans le noir complet.

Le résultat est splendide : Parsberg lui tranche proprement l’arête du nez.

« Un homme sans nez est un homme sans honneur », disait-on à l’époque.

Qu’à cela ne tienne, Tycho refuse de ressembler à Voldemort le restant de ses jours. Il se fabrique une prothèse sur mesure. Selon la légende, elle était forgée dans un alliage d’or et d’argent, même si des analyses récentes ont prouvé qu’il s’agissait plus probablement de laiton pour les jours de semaine. Il trimballait toujours sur lui une petite boîte de colle pour se replaquer le pif en public quand le mastic foutait le camp. Le mec avait de la gueule. Un pirate de l’espace avec un nez métallique réfléchissant la lumière des bougies dans les tavernes.

L’élan alcoolique et le nain prophète

Quand Tycho Brahe devient riche et célèbre, le roi du Danemark lui offre carrément une île, Hven, pour qu’il y construise son observatoire, Uraniborg. Là-bas, Tycho ne se contente pas de regarder les étoiles ; il vit comme un empereur décadent. C’est ici que sa vie bascule définitivement dans le surréalisme.

D’abord, son assistant principal n’est pas un scientifique en blouse blanche, mais un nain nommé Jeppe. Tycho est persuadé que Jeppe possède des pouvoirs psychiques et des dons de voyance. Pendant les dîners, le pauvre Jeppe est condamné à rester assis sous la table, à attendre que Tycho lui jette des restes de viande comme à un chien, tout en écoutant les prophéties du petit homme entre deux rasades de vin.

Mais la véritable star de l’île, c’était son élan de compagnie. Tycho adorait cet animal. Le problème, c’est que l’élan avait les mêmes vices que son maître : il adorait la bière forte. Lors d’un banquet mémorable au château de Landskrona, l’animal boit tellement qu’il finit totalement ivre mort. Complètement désorienté par les vapeurs d’alcool, la pauvre bête tente de descendre les escaliers du château, rate une marche, s’éclate les pattes et succombe à ses blessures quelques jours plus tard. Paix à son âme de poivrot à sabots.

Le banquet de la mort : La vessie de Prague

Nous voilà en octobre 1601. Tycho a quitté le Danemark après s’être engueulé avec le nouveau roi (il avait un caractère de cochon, vous l’aurez compris) et s’est installé à Prague comme astronome impérial de Rodolphe II.

Le 13 octobre, il est invité à dîner chez le baron Peter Vok von Rosenberg. À cette table, on ne boit pas de l’eau claire. Ça s’enfile des pichets de vin du Rhin à s’en faire sauter les artères. Tycho boit comme un trou, rit aux éclats, mais au bout de quelques heures, la nature appelle. Et elle n’appelle pas gentiment : c’est un ouragan dans son bas-ventre. Sa vessie est pleine à craquer, tendue comme la peau d’un tambour.

Sauf qu’il y a un os. À la cour de Prague, l’étiquette est plus rigide qu’un cadavre. Se lever de table avant l’hôte de maison est considéré comme une insulte impardonnable, un manque de respect qui peut ruiner une réputation en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Tycho est un noble, un homme de principe. Alors il reste assis.

  • Il sourit, mais ses yeux injectés de sang crient pitié.
  • Il sue à grosses gouttes.
  • Il continue de boire pour faire bonne figure, aggravant son cas à chaque gorgée.

Quand le dîner se termine enfin, le mal est fait. De retour chez lui, Tycho découvre l’horreur : il est incapable de pisser. Le canal est bloqué, l’infection s’installe. S’ensuivent onze jours d’une agonie innommable, rythmée par la fièvre, le délire et des douleurs atroces au niveau du bassin. Il s’éteint le 24 octobre 1601, en répétant ses derniers mots : « Puisse-je ne pas avoir vécu en vain. »

Ce que dit la science moderne

Pendant des siècles, on a raconté que sa vessie avait littéralement explosé. Les complotistes de l’époque (et certains historiens plus tard) ont aussi accusé son assistant, un certain Johannes Kepler (oui, le mec des lois de Kepler), de l’avoir empoisonné au mercure pour lui voler ses précieuses notes astronomiques.

Pour régler le mystère, la science a dû jouer les fossoyeurs. Le corps de Tycho Brahe a été exhumé non pas une, mais deux fois :

  1. En 1901, pour le tricentenaire de sa mort.
  2. En 2010, par une équipe de chercheurs danois et tchèques menée par le professeur Jens Vellev.

Les résultats des analyses d’isotopes sur sa barbe ont parlé : les niveaux de mercure étaient parfaitement normaux. Kepler est innocent. Tycho est bien mort d’une insuffisance rénale aiguë, probablement causée par une urémie sévère due à une rétention urinaire aiguë (probablement liée à une hypertrophie bénigne de la prostate que le fait de se retenir trop longtemps a transformée en blocage mortel).

Les Sources de Fantski (Pour les relous qui veulent vérifier)

Parce qu’on est vulgaires mais rigoureux, voici la liste des vraies sources historiques et scientifiques qui prouvent que je n’ai pas inventé une seule ligne de cette histoire à dormir debout.

Les rapports d’exhumation et analyses médicales (La vérité sur sa mort)

  • L’étude scientifique de 2010 (Pr Jens Vellev, Université d’Aarhus) : Menée par une équipe internationale de chercheurs danois et tchèques. Ils ont rouvert la tombe de Tycho à l’église de Notre-Dame de Týn à Prague.
  • Rapport de toxicologie (2012) : Les analyses de sa barbe ont définitivement innocenté Johannes Kepler en prouvant que les doses de mercure étaient normales. Tycho n’a pas été empoisonné.
  • Étude paléopathologique (PubMed, 2018) : « Rich table but short life: Diffuse idiopathic skeletal hyperostosis in Danish astronomer Tycho Brahe (1546-1601) ». Cette analyse de son squelette confirme qu’il souffrait d’obésité, d’un régime ultra-riche (trop de viande et d’alcool) et pointe vers un syndrome métabolique ayant entraîné sa rétention urinaire mortelle.

Le duel et le pif en métal

  • Registres de l’Université de Rostock (1566) : Les documents d’époque tracent son duel mémorable contre son cousin Manderup Parsberg lors d’une fête de Noël qui a mal tourné.
  • Analyses de débris de la prothèse (2010) : Menées par le Dr Kaare Lund Rasmussen, révélant de fortes traces de cuivre et de zinc sur les os faciaux, confirmant que sa prothèse de tous les jours était en laiton plutôt qu’en or pur (désolé pour le mythe).

L’élan alcoolique et Jeppe le nain

  • La correspondance de Tycho Brahe : Dans ses lettres officielles (notamment ses échanges avec le landgrave Guillaume IV de Hesse-Cassel en 1591), Tycho décrit lui-même son élan apprivoisé et raconte fièrement comment la bête a picolé de la bière avant de rater une marche au château de Landskrona.
  • « Vita Tychonis Brahei » (Pierre Gassendi, 1654) : La première grande biographie scientifique de Tycho Brahe qui documente sa vie excentrique sur l’île de Hven, la construction d’Uraniborg, et la présence de son bouffon Jeppe sous la table.

La leçon de Fantski

On peut avoir découvert des supernovas, avoir calculé la trajectoire de la Lune comme personne avant l’invention du télescope, et finir terrassé par un excès de politesse et un trop-plein de pisse.

La prochaine fois que vous serez coincés dans un dîner de famille interminable avec votre belle-mère qui vous raconte sa dernière coloscopie, ou dans une réunion d’entreprise inutile où un cadre dynamique parle de « synergie » et de « KPI », pensez à Tycho.

Ne soyez pas polis. N’ayez pas de principes à la con. Levez-vous, sauvez votre peau, et allez vider votre sac. La politesse, ça remplit les cimetières.

C’était Fantski. Allez boire un coup – mais pas trop loin des gogues.

L’Histoire de la Roumanie : Un cocktail de sang et de béton

L’histoire, c’est comme une cicatrice de couteau sur une joue : ça raconte une histoire de merde, mais on ne peut pas s’empêcher de la regarder. La Roumanie, c’est exactement ça. Un pays qui s’est pris des baffes par tous les empires de passage et qui est toujours là pour payer sa tournée.

Si vous avez raté l’épisode 8 de « Que des conneries, Fantski ! », voici le résumé pour ceux qui savent encore lire entre deux verres.

Le Latin égaré dans la boue

Tout commence avec les Daces. Des types qui vivaient dans les montagnes et qui ne demandaient rien à personne, à part peut-être un peu moins de pluie. Mais en 106, l’empereur Trajan arrive avec ses légions romaines. Il a vu de la lumière, il a vu de l’or, il a tout pété. Résultat ? Les Roumains sont les seuls dans le coin à parler une langue qui ressemble à celle des types en toge, coincés entre les Slaves et les Hongrois. Une anomalie géographique, un miracle linguistique, ou juste un entêtement de mule.

Le Patron : Vlad l’Empaleur

Oubliez les capes en velours et les dents de lapin de Hollywood. Le vrai Vlad III Basarab, c’était un client. Le mec ne faisait pas dans la dentelle. Sa méthode de management ? Le pal. Un pieu, de la graisse, et beaucoup de patience. C’était sa façon de dire « casse-toi » aux Ottomans. Factuel, efficace, et ça laissait les rues propres (enfin, façon de parler).

Le siècle des girouettes et le cauchemar en béton

Après s’être fait secouer par tout le monde, la Roumanie s’unit en 1859 et récupère la Transylvanie en 1918. C’était le bon temps. Puis la Seconde Guerre mondiale arrive. Ils commencent avec les nazis par peur des Russes, puis ils finissent avec les Russes parce que, bon, les nazis perdaient.

Mais le vrai drame arrive avec les mecs en costume gris : le Communisme. Et surtout Nicolae Ceaușescu. Le « Génie des Carpates ». Un type tellement modeste qu’il a rasé la moitié de sa capitale pour construire le Palais du Peuple. Un monstre de marbre et de vide, alors que le peuple faisait la queue pour un quignon de pain rassis. Ça s’est fini un 25 décembre 1989, avec une rafale de kalachnikov dans une cour d’école. Joyeux Noël, Nicolae.

Les références citées pour ne pas mourir idiot :

Si vous voulez vérifier mes dires entre deux cuites, voici les points d’ancrage de ce bordel historique :

  • L’Empereur Trajan & la conquête de la Dacie (101-106 ap. J.-C.) : Le point de départ de l’identité latine. Allez voir la Colonne Trajane à Rome, c’est la BD de l’époque.
  • Vlad III l’Empaleur (Vlad Țepeș) : Prince de Valachie au XVe siècle. Membre de l’Ordre du Dragon (Dracul), d’où le nom de Dracula.
  • L’Union des Principautés (1859) : Sous Alexandre Jean Cuza. C’est là que la Roumanie moderne commence à ressembler à quelque chose.
  • Nicolae Ceaușescu & le Palais du Peuple : Actuel Palais du Parlement à Bucarest. 365 000 mètres carrés de mégalomanie pure. Le deuxième plus grand bâtiment au monde après le Pentagone.
  • La Révolution de 1989 : Le seul renversement de régime communiste en Europe de l’Est qui s’est terminé dans le sang.

La Roumanie aujourd’hui ? C’est l’UE, c’est la tech, et c’est surtout un peuple qui a survécu à des types bien pires que votre proprio. Respectez-les.

Allez, je retourne à ma machine à écrire. La bière chauffe.

Écouter l’épisode sur Spotify: https://open.spotify.com/episode/0m5YwPsPESUcfQrLG1jGjG?si=Z4_WN8KRRkOKCFRyGRJmlg

Écouter l’épisode sur Youtube: https://youtu.be/gVs_MARwPgY

Le Pape qui ne voulait pas crever (Le Synode du Cadavre)

Écrase ta cigarette, débouche cette bouteille de rouge qui te regarde du coin de l’œil, et installe-toi. On va parler de la plus belle pièce de théâtre de l’histoire de l’humanité. Une pièce où le premier rôle est tenu par un macchabée qui ne connaît pas son texte.

Bienvenue sur le blog de « Que des conneries, Fantski ! ». Aujourd’hui, on va remuer la terre, au sens propre.

Le décor : Une Rome qui pue la mort et la paranoïa

On est en 897. À cette époque, être Pape, c’était un peu comme être un rat dans une cage remplie de chats affamés. On ne mourait pas de vieillesse, on mourait d’une dague dans les reins ou d’un peu de poison dans son vin de messe.

Le Pape Formose vient de casser sa pipe. Il a régné quelques années, il a fait ses petites magouilles politiques (parce qu’au Vatican, la foi, c’est surtout une question de territoire), et il a fini par aller voir si l’herbe était plus verte de l’autre côté du Styx.

Mais son successeur, Étienne VI, n’est pas du genre à laisser les morts dormir. Étienne, c’est le genre de type qui garderait une rancœur contre un arbre parce qu’il lui a fait de l’ombre. Il détestait Formose. Il le détestait tellement qu’il ne pouvait pas supporter l’idée qu’il s’en soit sorti avec une simple mise en terre.

La mise en scène : Sortez le grand jeu (et le déodorant)

Étienne convoque ce qu’on appellera plus tard le Synode du Cadavre (ou Synodus Horrendenda pour les snobs qui aiment le latin).

L’idée est simple, efficace, et totalement psychopathe :

  1. On déterre Formose. Sept mois après l’enterrement, je vous laisse imaginer l’état du bonhomme. C’est plus un Pape, c’est un gruyère qui pue.
  2. On lui enfile ses plus beaux habits sacerdotaux. Soie, or, tiare… la totale.
  3. On l’assoit sur un trône dans la basilique Saint-Jean-de-Latran.

Imaginez la scène, bordel. Le silence lourd, les bougies qui vacillent, et au centre, un tas de viande putréfiée qui penche dangereusement vers la gauche pendant qu’Étienne VI lui hurle ses quatre vérités au visage. C’est du Beckett, mais avec plus de mouches.

« Pourquoi as-tu usurpé le siège apostolique, toi, fils de la perdition ? »

C’est ce qu’Étienne criait à la carcasse. Et Formose, fidèle à lui-même, ne répondait pas. Il se contentait de perdre un peu de liquide de décomposition sur le tapis de velours.

Le procès : L’avocat du diable (et du mort)

Parce qu’on est chez des gens civilisés, il fallait un procès en règle. On a donc collé un jeune diacre à côté du cadavre. Son boulot ? Être la voix de Formose.

Le gamin devait se tenir là, respirer l’air chargé de particules de Pape en décomposition, et bafouiller des excuses au nom d’un squelette.

  • Étienne : « T’as triché pour être Pape, hein, espèce de sac à vin ? »
  • Le Diacre (tremblant) : « Euh… non, Votre Sainteté, mon client regrette… »

C’est le sommet de l’absurdité humaine. On a inventé la roue, la philosophie et le vin de Bordeaux pour en arriver là : des vieux en robe qui font un procès à un morceau de barbaque.

La sentence : Charcuterie et natation

Évidemment, le verdict tombe : Formose est coupable. On annule tous ses actes, tous ses décrets. Mais Étienne n’est pas rassasié.

Il ordonne aux bourreaux de couper les trois doigts de la main droite du cadavre. Les doigts de la bénédiction. On tranche dans le cuir sec, on fait craquer les phalanges. Ensuite, on le déshabille (parce que la soie, ça coûte cher), on traîne ce qu’il reste de lui dans les rues de Rome sous les insultes de la foule, et on balance le tout dans le Tibre.

Plouf. Fin de l’histoire ? Pas tout à fait.

Pourquoi c’est la preuve que l’humanité est une blague

Ce qui est fascinant dans cette horreur, c’est le mélange de sacré et de purin. Ces types pensaient sincèrement que Dieu regardait ce spectacle et se disait : « Ah ouais, Étienne, bien joué, tu l’as bien eu ce cadavre ! ».

L’hypocrisie est totale. On invoque les lois divines pour assouvir une vengeance de cour de récréation. On déguise la haine en justice. C’est beau comme un accident de voiture au ralenti.

Ce qu’il faut retenir (si tu n’as pas trop bu) :

  • L’ego ne meurt jamais : Même quand ton ennemi est en poussière, ton ego veut encore lui pisser dessus.
  • La politique gagne toujours : Ce synode était juste une excuse pour invalider les nominations de Formose et placer les potes d’Étienne.
  • Le karma existe (un peu) : Quelques mois plus tard, le peuple de Rome, un peu dégoûté par l’odeur et la folie d’Étienne, l’a foutu en prison et l’a étranglé. Justice poétique.

Allez, remettez une pièce dans le juke-box et repensez à Formose la prochaine fois que vous passerez un mauvais entretien d’embauche. Ça pourrait être pire : vous pourriez être assis sur un trône, mort depuis sept mois, avec un type qui vous hurle dessus.

On se retrouve au prochain épisode pour une autre dose de conneries.

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Diogène le Cynique – Le Clochard Céleste

C’est l’heure de déboucher une autre bouteille de ce rouge qui tache les dents et l’âme. Pose-toi deux minutes, ou barre-toi, je m’en fous. Mais si tu restes, écoute bien, parce qu’on va parler de la seule lumière qui brille encore dans les égouts de l’histoire humaine : Diogène de Sinope.

Le type n’était pas un philosophe de salon avec des mains manucurées et un compte épargne. Non, c’était un naufragé volontaire, un punk à chien avant l’invention du cuir, un mec qui avait compris que la civilisation n’est qu’une immense couche de vernis sur une montagne de merde.

L’exil : Comment devenir un génie en falsifiant de la thune

Tout commence à Sinope. Diogène n’était pas né dans le caniveau. Son vieux était banquier, ou un truc dans le genre. Ils se sont fait choper en train de falsifier la monnaie. C’est poétique, non ? Le mec commence sa carrière en cassant le système financier de sa ville. Résultat : exil. Il se retrouve à Athènes avec rien, que dalle, juste sa peau et son mépris pour les conventions.

Quand il arrive là-bas, il voit des types comme Platon. Platon, c’était le gendre idéal, le mec qui parlait de « Formes idéales » et de « Justice » en bouffant des figues sèches dans des jardins privés. Diogène l’a regardé et a dû se dire : « C’est quoi ces conneries ? ». Il a décidé que si la société ne voulait pas de lui, il allait lui montrer à quoi ressemble un homme une fois qu’on lui a tout enlevé.

La vie dans le pot de fleurs géant

Il n’avait pas de maison. Il s’est installé dans un pithos, une énorme jarre de terre cuite qui servait à stocker le vin ou l’huile. Imagine le tableau : les riches Athéniens en toges de soie passent pour aller au Sénat, et ils croisent un barbu qui sent le vieux bouc, vautré dans un pot cassé, en train de pisser sur le trottoir.

Un jour, il voit un gamin boire de l’eau dans le creux de ses mains. Diogène sort son écuelle de sa besace — le seul truc qu’il possédait — et il la balance dans le caniveau : « Un gosse m’a battu en simplicité ! » hurlait-il. Le mec faisait la course vers le zéro absolu. Il voulait être aussi libre qu’un chien errant. C’est pour ça qu’on l’appelait « Le Chien ». Et au lieu de s’en vexer, il en a fait sa marque de fabrique. Les chiens ne mentent pas, ils ne portent pas de masques, ils chient quand ils ont envie de chier et ils aiment ceux qui leur font du bien.

La branlette et la lanterne : La performance ultime

On parle souvent de sa sagesse, mais on oublie de dire que c’était un emmerdeur de compétition. Le mec se masturbait en plein milieu du marché (l’Agora). Quand les gens hurlaient au scandale, il répondait avec ce calme olympien qui caractérise ceux qui n’ont plus rien à perdre : « Si seulement il suffisait de se frotter le ventre pour ne plus avoir faim… »

C’était ça, sa philosophie. Une attaque frontale contre l’hypocrisie. Il se baladait aussi en plein jour avec une lanterne allumée, la collant sous le nez des passants.

— « Qu’est-ce que tu fous, Diogène ? »

— « Je cherche un homme, » répondait-il.

Sous-entendu : je ne vois que des esclaves de leurs désirs, des menteurs en costume, des ombres qui courent après le vent. Pas un seul être humain authentique à l’horizon. C’est dur, mais c’est vrai. Regarde autour de toi dans le métro demain matin, et tu verras que la lanterne de Diogène serait toujours éteinte.

Le face-à-face avec le Maître du Monde

Et puis il y a eu Alexandre. Le Grand. Le mec qui avait soumis la Grèce, écrasé les Perses et dont le nom faisait trembler les montagnes. Alexandre veut voir le phénomène. Il débarque avec sa suite, ses armures brillantes, sa puissance qui pue à des kilomètres. Il trouve Diogène allongé au soleil, sûrement en train de contempler le vide magnifique de son existence.

Alexandre, généreux (ou arrogant, c’est pareil), lui dit : « Demande-moi ce que tu veux, Diogène, et je te l’accorderai. »

Le monde entier aurait demandé de l’or, des terres, ou la vie d’un ennemi. Diogène a juste plissé les yeux face à cet éclat de métal et de gloire qui lui barrait la vue. « Pousse-toi un peu de mon soleil, » a-t-il lâché.

C’est le plus beau « va te faire foutre » de l’histoire. Il a rappelé au conquérant de l’univers que, malgré toute sa puissance, il n’était qu’un obstacle entre un homme libre et la lumière naturelle. Alexandre, qui n’était pas totalement con, a dit à ses potes qui rigolaient : « Si je n’étais pas Alexandre, je voudrais être Diogène. » La vérité, c’est qu’Alexandre était l’homme le plus riche du monde, mais il enviait le clochard parce que le clochard n’avait besoin de personne pour être complet.

La fin du voyage (et pourquoi on est tous des perdants)

Même sa mort est une légende de comptoir. Certains disent qu’il a bouffé un poulpe cru, d’autres qu’il s’est fait mordre par un chien, ou qu’il a simplement décidé d’arrêter de respirer parce qu’il en avait marre de voir vos tronches. Avant de crever, il a demandé qu’on jette son corps par-dessus les murs de la ville pour que les animaux se régalent. « Pourquoi ? » lui a-t-on demandé. « Parce que je veux être utile aux bêtes après avoir été inutile aux hommes. »

On vit dans une époque où l’on nous vend du « minimalisme » à 2000 euros la table en pin suédois. On suit des gourous du bien-être qui nous expliquent comment respirer par le cul pour être productifs. Diogène, lui, nous dit que tout ça, c’est de la pisse de chat. La seule vraie liberté, c’est de pouvoir regarder le mec le plus puissant du monde et de lui dire qu’il fait de l’ombre à ton bonheur.

Alors, ce soir, quand vous rentrerez dans vos appartements trop chers pour y dormir cinq heures avant de retourner trimer, pensez à l’homme dans sa jarre. Il n’avait rien, mais il possédait le soleil. Et vous, vous possédez quoi à part un abonnement Netflix et une angoisse qui ne s’éteint jamais ?

C’était Fantski. Si cet article vous a donné envie de jeter votre télé par la fenêtre, c’est que j’ai bien fait mon boulot.

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