Braquer le monde en caleçon sale (De la Banque du Bangladesh au Casse ByBit de 2025)

Vous venez de vous enfiler l’épisode 9 de Que des conneries Fantski. Vous avez votre verre à la main, un arrière-goût de tabac froid dans la gueule, et vous vous demandez sûrement si votre compte en banque est en sécurité. Spoiler : il ne l’est pas. Rien ne l’est. L’argent n’est qu’une putain d’illusion qui clignote sur des écrans, et il suffit d’une bande de geeks nord-coréens sous-payés pour tout faire disparaître.

Le Coup du Bangladesh (2016) : Un milliard perdu pour une putain de voyelle

On l’a dit dans le podcast, le plan de 2016 était une œuvre d’art, un poème de la faucheuse. Lazarus a infiltré le réseau SWIFT, la messagerie ultra-sécurisée que les banquiers utilisent pour se faire des papouilles financières. L’objectif ? Siphonner 1 milliard de dollars de la Réserve Fédérale de New York. Milliard qui appartenait à la Banque Centrale du Bangladesh.

Ils ont fait passer 35 requêtes de transfert en douceur. L’argent devait partir se faire dorer la pilule aux Philippines et au Sri Lanka. Et puis, la tragédie. La connerie humaine dans toute sa splendeur. Pour transférer 20 millions au Sri Lanka, au lieu de taper « Shalika Foundation », un de ces génies du clavier a tapé « Shalika Fandation« .

Un gratte-papier de la Deutsche Bank, qui servait d’intermédiaire, a vu la faute de frappe. Il a posé sa tasse de café tiède, a bloqué le bordel et a demandé des comptes. Le reste du milliard a été gelé.

Mais ne pleurez pas pour Kim Jong-un. Lazarus s’est quand même barré avec 81 millions de dollars. Comment ? En les balançant dans les casinos de Manille (le Solaire Resort et le Midas Hotel). L’argent sale est entré, il a été joué au baccara par des junket operators chinois, et il est ressorti plus propre qu’un cul de bébé. L’art de baiser le système.

Le CV de Lazarus : Hollywood et Hôpitaux

Ces types ne se contentent pas de braquer des banques du tiers-monde. Ils foutent la merde partout où ça brille.

  • Sony Pictures (2014) : Vous vous souvenez du film L’Interview qui tue ! avec Seth Rogen, qui se foutait de la gueule du dictateur nord-coréen ? Pyongyang n’a pas rigolé. Ils ont piraté Sony, balancé des téraoctets de données confidentielles dans la nature, ruiné des carrières et mis Hollywood à genoux. Tout ça pour une comédie de merde.
  • WannaCry (2017) : Le ransomware qui a fait trembler la planète. Ils ont bloqué des centaines de milliers d’ordinateurs dans 150 pays. Ils ont même paralysé le National Health Service (NHS) au Royaume-Uni. Des ambulances bloquées, des opérations annulées. Le tout pour exiger des rançons en Bitcoin. Le cynisme absolu, facturé en crypto.

Le Casse ByBit (Février 2025) : 1,5 Milliard de dollars dans la nature

Si vous pensiez que ces hackers en survêt s’étaient calmés, laissez-moi vous parler de l’avenir radieux de la cryptomonnaie. On avance dans le temps, direction le 21 février 2025. Le jour où Lazarus a signé le plus gros casse de l’histoire numérique.

La cible ? ByBit, l’un des plus gros casinos cryptos de la planète. Montant du butin ? 1,5 milliard de dollars en Ethereum, siphonnés direct depuis les « cold wallets » (les portefeuilles froids, censés être inviolables).

Ils n’ont pas attaqué la blockchain de front. C’est pour les cons, ça. Ils ont fait dans la dentelle vicieuse, ce qu’on appelle une attaque de la chaîne d’approvisionnement (supply chain attack).

Voici comment ces enfoirés ont procédé :

  1. L’Infiltration : Ils ont vérolé l’ordinateur d’un développeur bossant pour Gnosis Safe, le système de portefeuilles multi-signatures utilisé par ByBit.
  2. L’Illusion : Ils ont injecté un code JavaScript malveillant dans l’interface utilisateur.
  3. Le Piège : Quand les pontes de ByBit ont cru signer une transaction légitime de routine (un transfert banal vers un de leurs propres portefeuilles chauds), l’interface truquée cachait la vérité. En coulisses, le code modifiait les contrats intelligents pour transférer le contrôle total du portefeuille aux hackers.

Une signature, et pouf. 1,5 milliard envolé. La DeFi (finance décentralisée), censée nous sauver des banques corrompues, s’est fait éventrer par les mêmes mecs qui ont écrit « Fandation » neuf ans plus tôt. C’est beau, putain. C’est poétique.

Les Sources (Parce que je ne sors pas ça de mon cul)

Vous croyez que je suis juste un type aigri qui invente des histoires pour cracher sur la société ? Lisez par vous-mêmes, si vous savez encore aligner deux neurones :

  • Le Braquage du Bangladesh & SWIFT (2016) : Les enquêtes de Wired et le livre The Lazarus Heist de Geoff White (et le podcast BBC du même nom).
  • WannaCry (2017) & Sony (2014) : Les rapports officiels du Département de la Justice des États-Unis (DOJ) et les alertes du FBI sur les menaces cyber nord-coréennes.
  • Le Hack ByBit (Février 2025) :Sygnia Team (Mars 2025) : Rapport d’investigation révélant l’attaque de la chaîne d’approvisionnement et la compromission des fichiers cache de Google Chrome liés au domaine Safe Wallet.
    • Halborn Security (Février 2025) : Analyse technique expliquant la manipulation de l’UI et la modification de la logique du « smart contract » du portefeuille multi-signature.
    • Alerte IC3 du FBI (26 Février 2025) : Confirmation officielle attribuant le vol d’1,5 milliard de dollars au groupe nord-coréen (les acteurs de la menace « TraderTraitor »).

L’argent est virtuel. La connerie est bien réelle. Changez vos mots de passe, vendez vos cryptos, ou buvez un coup pour oublier.

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L’Histoire de la Roumanie : Un cocktail de sang et de béton

L’histoire, c’est comme une cicatrice de couteau sur une joue : ça raconte une histoire de merde, mais on ne peut pas s’empêcher de la regarder. La Roumanie, c’est exactement ça. Un pays qui s’est pris des baffes par tous les empires de passage et qui est toujours là pour payer sa tournée.

Si vous avez raté l’épisode 8 de « Que des conneries, Fantski ! », voici le résumé pour ceux qui savent encore lire entre deux verres.

Le Latin égaré dans la boue

Tout commence avec les Daces. Des types qui vivaient dans les montagnes et qui ne demandaient rien à personne, à part peut-être un peu moins de pluie. Mais en 106, l’empereur Trajan arrive avec ses légions romaines. Il a vu de la lumière, il a vu de l’or, il a tout pété. Résultat ? Les Roumains sont les seuls dans le coin à parler une langue qui ressemble à celle des types en toge, coincés entre les Slaves et les Hongrois. Une anomalie géographique, un miracle linguistique, ou juste un entêtement de mule.

Le Patron : Vlad l’Empaleur

Oubliez les capes en velours et les dents de lapin de Hollywood. Le vrai Vlad III Basarab, c’était un client. Le mec ne faisait pas dans la dentelle. Sa méthode de management ? Le pal. Un pieu, de la graisse, et beaucoup de patience. C’était sa façon de dire « casse-toi » aux Ottomans. Factuel, efficace, et ça laissait les rues propres (enfin, façon de parler).

Le siècle des girouettes et le cauchemar en béton

Après s’être fait secouer par tout le monde, la Roumanie s’unit en 1859 et récupère la Transylvanie en 1918. C’était le bon temps. Puis la Seconde Guerre mondiale arrive. Ils commencent avec les nazis par peur des Russes, puis ils finissent avec les Russes parce que, bon, les nazis perdaient.

Mais le vrai drame arrive avec les mecs en costume gris : le Communisme. Et surtout Nicolae Ceaușescu. Le « Génie des Carpates ». Un type tellement modeste qu’il a rasé la moitié de sa capitale pour construire le Palais du Peuple. Un monstre de marbre et de vide, alors que le peuple faisait la queue pour un quignon de pain rassis. Ça s’est fini un 25 décembre 1989, avec une rafale de kalachnikov dans une cour d’école. Joyeux Noël, Nicolae.

Les références citées pour ne pas mourir idiot :

Si vous voulez vérifier mes dires entre deux cuites, voici les points d’ancrage de ce bordel historique :

  • L’Empereur Trajan & la conquête de la Dacie (101-106 ap. J.-C.) : Le point de départ de l’identité latine. Allez voir la Colonne Trajane à Rome, c’est la BD de l’époque.
  • Vlad III l’Empaleur (Vlad Țepeș) : Prince de Valachie au XVe siècle. Membre de l’Ordre du Dragon (Dracul), d’où le nom de Dracula.
  • L’Union des Principautés (1859) : Sous Alexandre Jean Cuza. C’est là que la Roumanie moderne commence à ressembler à quelque chose.
  • Nicolae Ceaușescu & le Palais du Peuple : Actuel Palais du Parlement à Bucarest. 365 000 mètres carrés de mégalomanie pure. Le deuxième plus grand bâtiment au monde après le Pentagone.
  • La Révolution de 1989 : Le seul renversement de régime communiste en Europe de l’Est qui s’est terminé dans le sang.

La Roumanie aujourd’hui ? C’est l’UE, c’est la tech, et c’est surtout un peuple qui a survécu à des types bien pires que votre proprio. Respectez-les.

Allez, je retourne à ma machine à écrire. La bière chauffe.

Écouter l’épisode sur Spotify: https://open.spotify.com/episode/0m5YwPsPESUcfQrLG1jGjG?si=Z4_WN8KRRkOKCFRyGRJmlg

Écouter l’épisode sur Youtube: https://youtu.be/gVs_MARwPgY

L’Anatomie du Vide : Pourquoi ton Cerveau te Chie dans les Bottes

On ne va pas se mentir, si tu lis ça, c’est que le plafond de ta chambre est devenu ton meilleur ami. Tu connais chaque fissure, chaque tache d’humidité qui ressemble vaguement au visage de ta mère ou à une carte de l’enfer. La dépression, la vraie, celle que les médecins appellent Trouble Dépressif Majeur (TDM) pour faire propre sur les factures, ce n’est pas un petit coup de blues. C’est un effondrement systémique. C’est l’Empire Romain qui brûle dans ton crâne, et toi, t’as même pas de lyre pour jouer pendant le désastre.

On va décortiquer cette charogne scientifiquement. Parce que comprendre pourquoi on est dans la merde, c’est le premier pas pour arrêter de s’y noyer. Ou au moins pour apprendre à nager en apnée.

I. La Guerre des Boutons : Synapses et Neuro-Bâtards

Imagine ton cerveau comme un réseau de câbles électriques dans un squat de Los Angeles. Pour que l’info passe d’un neurone à l’autre, il faut qu’ils se crachent des produits chimiques au visage à travers un fossé qu’on appelle la synapse. C’est là que le drame commence.

1. Le Trio Infernal : Sérotonine, Dopamine, Noradrénaline

On nous a vendu la « théorie du déséquilibre chimique » comme si c’était une simple jauge d’huile moteur. C’est plus vicieux que ça.

  • La Sérotonine : Ce n’est pas juste la « molécule du bonheur ». C’est le régulateur. Quand elle baisse, tout part en vrille : ton sommeil ressemble à une nuit de garde à vue et ton appétit oscille entre « rien » et « bouffer tout le frigo, même le pot de moutarde périmé ».
  • La Dopamine : C’est le carburant de l’envie. Sans elle, tu n’es plus qu’une plante verte, mais en moins utile. L’anhédonie, ce mot savant pour dire que plus rien ne te fait bander (métaphoriquement ou non), c’est son œuvre.
  • La Noradrénaline : C’est elle qui te donne le coup de pied au cul pour réagir au danger. Sans elle, tu regarderais un bus te foncer dessus en te demandant si la peinture est d’origine.

La Référence qui claque : > Belmaker, R. H., & Agam, G. (2008). Major Depressive Disorder. New England Journal of Medicine. Un papier qui explique que la chimie n’est que la partie émergée de l’iceberg de merde.

II. L’Architecture du Désastre : Quand le Cerveau se Ratatine

Si tu penses que c’est juste dans ta tête, tu as raison, mais pas comme tu le crois. C’est physique. C’est de la maçonnerie qui s’écroule.

1. L’Hippocampe en Miettes

Ton hippocampe, le centre de la mémoire et de la régulation émotionnelle, rétrécit. Le stress chronique balance du cortisol (l’hormone de la mort lente) qui tue littéralement les neurones. C’est ce qu’on appelle la neurotoxicité. Ton cerveau devient un raisin sec.

2. Le Cortex Préfrontal contre l’Amygdale

C’est le combat du siècle. Ton cortex préfrontal (le boss, la raison, le mec qui dit « calme-toi ») s’amincit et perd de sa puissance. À l’inverse, ton amygdale (le centre de la peur et de l’alerte) devient hyperactive. Elle hurle au loup 24h/24. Résultat ? Tu es incapable de prendre une décision simple mais tu es terrifié par l’idée de devoir choisir entre des pâtes ou du riz.

La Référence pour les sceptiques : > Drevets, W. C., Price, J. L., & Furey, M. L. (2008). Brain structural and functional abnormalities in mood disorders: implications for neurocircuitry models of depression. Brain Structure and Function.

III. Le Feu de Joie Intérieur : L’Inflammation

C’est la grande découverte de ces dernières années. Et si la dépression était une sorte d’allergie généralisée à l’existence ? Quand tu es stressé, mal nourri, ou que tu vis dans la pollution et la défaite, ton corps entre en état d’alerte. Il produit des cytokines pro-inflammatoires. Ces molécules traversent la barrière hémato-encéphalique et vont foutre le feu à tes neurones.

C’est pour ça que les dépressifs ont souvent mal partout : articulations, dos, bide. Ton corps croit qu’il a la peste noire. C’est le Sickness Behavior. L’évolution a prévu ça : quand on est malade, on s’isole dans une grotte pour ne pas contaminer la tribu. Le problème, c’est que ta « maladie » c’est ta vie, et la grotte, c’est ton studio de 15m².

La Référence « Fièvre de l’âme » : > Raison, C. L., Capuron, L., & Miller, A. H. (2006). Cytokines sing the blues: inflammation and the pathogenesis of depression. Trends in Immunology.

IV. La Malédiction de l’Héritage : Épigénétique et Gènes de Merde

On ne naît pas tous égaux devant la déprime. Certains naissent avec un blindage de char d’assaut, d’autres avec une peau en papier de soie. Il existe un gène, le 5-HTTLPR (le transporteur de sérotonine). Si tu as la version « courte » de ce gène, tu es biologiquement plus fragile face aux traumatismes. C’est comme si on t’avait donné un parapluie troué pour affronter un ouragan.

Et l’épigénétique ? C’est encore plus vicieux. Le stress de tes parents ou de tes grands-parents a pu modifier l’expression de tes gènes. Tu trimbales la tristesse de ton grand-père alcoolique sans même le savoir. Merci papy.

La Référence génétique : > Caspi, A., et al. (2003). Influence of life stress on depression: moderation by a polymorphism in the 5-HTT gene. Science. L’étude qui a prouvé que la vie et les gènes couchent ensemble pour te pourrir l’existence.

V. La Pharmacie du Désespoir : Pilules et Mirages

Alors, on fait quoi ? On bouffe des ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine) ? Ces pilules forcent la sérotonine à rester plus longtemps dans la synapse. Ça marche pour certains. Pour d’autres, ça fait juste baisser la libido et ça transforme en zombie qui ne pleure plus mais qui ne rit plus non plus. C’est le prix à payer pour ne pas se foutre en l’air.

Mais il y a de l’espoir dans les recoins sombres :

  • La Kétamine : Un anesthésique pour chevaux qui, à petite dose, répare les connexions synaptiques en quelques heures. C’est le futur, paraît-il.
  • La Psilocybine : Les champignons magiques. Ils forcent le cerveau à sortir de ses boucles de pensées négatives. Une sorte de « Reset » du disque dur.

La Référence « Trip Médical » : > Carhart-Harris, R. L., et al. (2016). Psilocybin with psychological support for treatment-resistant depression: an open-label feasibility study. The Lancet Psychiatry.

VI. Le Grand Mensonge du « Self-Help »

Finissons-en avec les gourous du bonheur sur Instagram. Ces types qui te disent de « manifester ta joie » ou de « faire du yoga au lever du soleil ». Écoute-moi bien : on ne soigne pas une tumeur avec un poème, et on ne soigne pas une dépression clinique avec une pensée positive. La positivité toxique est une insulte à la biologie. Dire à un dépressif de sourire, c’est comme demander à un aveugle de faire un effort pour voir les couleurs. Ça ne marche pas, et ça rend juste l’aveugle encore plus énervé.

La dépression est un mécanisme d’adaptation qui a foiré. C’est une protection contre un environnement devenu insupportable. Parfois, la solution n’est pas « dans ta tête », elle est dans le fait que ta vie est objectivement une décharge publique.

Conclusion : On fait quoi de tout ce merdier ?

On accepte la panne. On regarde les faits : ton cerveau est un organe, il est soumis aux lois de la chimie, de la physique et de l’hérédité. T’es pas « faible », t’es en maintenance forcée.

Alors, bois un verre d’eau (ou de ce que tu veux), prends tes médocs si t’en as, et attends. La science avance, les neurones peuvent repousser (neuroplasticité), et parfois, le soleil finit par percer la couche de crasse. Mais d’ici là, ne laisse personne te dire que c’est une question de volonté. C’est une question de survie cellulaire, bordel.

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Diogène le Cynique – Le Clochard Céleste

C’est l’heure de déboucher une autre bouteille de ce rouge qui tache les dents et l’âme. Pose-toi deux minutes, ou barre-toi, je m’en fous. Mais si tu restes, écoute bien, parce qu’on va parler de la seule lumière qui brille encore dans les égouts de l’histoire humaine : Diogène de Sinope.

Le type n’était pas un philosophe de salon avec des mains manucurées et un compte épargne. Non, c’était un naufragé volontaire, un punk à chien avant l’invention du cuir, un mec qui avait compris que la civilisation n’est qu’une immense couche de vernis sur une montagne de merde.

L’exil : Comment devenir un génie en falsifiant de la thune

Tout commence à Sinope. Diogène n’était pas né dans le caniveau. Son vieux était banquier, ou un truc dans le genre. Ils se sont fait choper en train de falsifier la monnaie. C’est poétique, non ? Le mec commence sa carrière en cassant le système financier de sa ville. Résultat : exil. Il se retrouve à Athènes avec rien, que dalle, juste sa peau et son mépris pour les conventions.

Quand il arrive là-bas, il voit des types comme Platon. Platon, c’était le gendre idéal, le mec qui parlait de « Formes idéales » et de « Justice » en bouffant des figues sèches dans des jardins privés. Diogène l’a regardé et a dû se dire : « C’est quoi ces conneries ? ». Il a décidé que si la société ne voulait pas de lui, il allait lui montrer à quoi ressemble un homme une fois qu’on lui a tout enlevé.

La vie dans le pot de fleurs géant

Il n’avait pas de maison. Il s’est installé dans un pithos, une énorme jarre de terre cuite qui servait à stocker le vin ou l’huile. Imagine le tableau : les riches Athéniens en toges de soie passent pour aller au Sénat, et ils croisent un barbu qui sent le vieux bouc, vautré dans un pot cassé, en train de pisser sur le trottoir.

Un jour, il voit un gamin boire de l’eau dans le creux de ses mains. Diogène sort son écuelle de sa besace — le seul truc qu’il possédait — et il la balance dans le caniveau : « Un gosse m’a battu en simplicité ! » hurlait-il. Le mec faisait la course vers le zéro absolu. Il voulait être aussi libre qu’un chien errant. C’est pour ça qu’on l’appelait « Le Chien ». Et au lieu de s’en vexer, il en a fait sa marque de fabrique. Les chiens ne mentent pas, ils ne portent pas de masques, ils chient quand ils ont envie de chier et ils aiment ceux qui leur font du bien.

La branlette et la lanterne : La performance ultime

On parle souvent de sa sagesse, mais on oublie de dire que c’était un emmerdeur de compétition. Le mec se masturbait en plein milieu du marché (l’Agora). Quand les gens hurlaient au scandale, il répondait avec ce calme olympien qui caractérise ceux qui n’ont plus rien à perdre : « Si seulement il suffisait de se frotter le ventre pour ne plus avoir faim… »

C’était ça, sa philosophie. Une attaque frontale contre l’hypocrisie. Il se baladait aussi en plein jour avec une lanterne allumée, la collant sous le nez des passants.

— « Qu’est-ce que tu fous, Diogène ? »

— « Je cherche un homme, » répondait-il.

Sous-entendu : je ne vois que des esclaves de leurs désirs, des menteurs en costume, des ombres qui courent après le vent. Pas un seul être humain authentique à l’horizon. C’est dur, mais c’est vrai. Regarde autour de toi dans le métro demain matin, et tu verras que la lanterne de Diogène serait toujours éteinte.

Le face-à-face avec le Maître du Monde

Et puis il y a eu Alexandre. Le Grand. Le mec qui avait soumis la Grèce, écrasé les Perses et dont le nom faisait trembler les montagnes. Alexandre veut voir le phénomène. Il débarque avec sa suite, ses armures brillantes, sa puissance qui pue à des kilomètres. Il trouve Diogène allongé au soleil, sûrement en train de contempler le vide magnifique de son existence.

Alexandre, généreux (ou arrogant, c’est pareil), lui dit : « Demande-moi ce que tu veux, Diogène, et je te l’accorderai. »

Le monde entier aurait demandé de l’or, des terres, ou la vie d’un ennemi. Diogène a juste plissé les yeux face à cet éclat de métal et de gloire qui lui barrait la vue. « Pousse-toi un peu de mon soleil, » a-t-il lâché.

C’est le plus beau « va te faire foutre » de l’histoire. Il a rappelé au conquérant de l’univers que, malgré toute sa puissance, il n’était qu’un obstacle entre un homme libre et la lumière naturelle. Alexandre, qui n’était pas totalement con, a dit à ses potes qui rigolaient : « Si je n’étais pas Alexandre, je voudrais être Diogène. » La vérité, c’est qu’Alexandre était l’homme le plus riche du monde, mais il enviait le clochard parce que le clochard n’avait besoin de personne pour être complet.

La fin du voyage (et pourquoi on est tous des perdants)

Même sa mort est une légende de comptoir. Certains disent qu’il a bouffé un poulpe cru, d’autres qu’il s’est fait mordre par un chien, ou qu’il a simplement décidé d’arrêter de respirer parce qu’il en avait marre de voir vos tronches. Avant de crever, il a demandé qu’on jette son corps par-dessus les murs de la ville pour que les animaux se régalent. « Pourquoi ? » lui a-t-on demandé. « Parce que je veux être utile aux bêtes après avoir été inutile aux hommes. »

On vit dans une époque où l’on nous vend du « minimalisme » à 2000 euros la table en pin suédois. On suit des gourous du bien-être qui nous expliquent comment respirer par le cul pour être productifs. Diogène, lui, nous dit que tout ça, c’est de la pisse de chat. La seule vraie liberté, c’est de pouvoir regarder le mec le plus puissant du monde et de lui dire qu’il fait de l’ombre à ton bonheur.

Alors, ce soir, quand vous rentrerez dans vos appartements trop chers pour y dormir cinq heures avant de retourner trimer, pensez à l’homme dans sa jarre. Il n’avait rien, mais il possédait le soleil. Et vous, vous possédez quoi à part un abonnement Netflix et une angoisse qui ne s’éteint jamais ?

C’était Fantski. Si cet article vous a donné envie de jeter votre télé par la fenêtre, c’est que j’ai bien fait mon boulot.

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