Cette fois-ci, c’est la bonne

Tom aimait la vie, de manière générale. Tom était ce qu’on peut appeler communément un bon vivant. Mais Tom était, avant toute chose, un rêveur né.
De nature quelque peu terre-à-terre, Tom se posait souvent la seule vraie question que tout homme normalement constitué se pose : « Comment devenir riche ? »

Alors, bien sûr, il y avait la solution qu’on nous enseignait dès notre enfance, c’est-à-dire travailler.
Mais Tom connaissait pertinemment l’étymologie du mot « travail ». C’était la raison pour laquelle il était le genre d’Homme qui ne se tuait à la tâche que moyennement.
Attention, n’allez pas croire qu’il n’avait pas d’emploi, non, il travaillait bel et bien. C’est simplement qu’il ne s’attendait pas à mener la vie dont il rêvait chaque soir uniquement grâce aux revenus de son travail.

Souvent, il essayait de trouver une réponse à sa fameuse question relative à la richesse. Bon, on ne peut pas affirmer que ses premières idées furent des plus prometteuses.

Avec un physique plus qu’acceptable, il a bien pensé à faire gigolo… Seulement, l’idée de coucher avec une femme de l’âge de sa mère l’écœurait quelque peu. Même si, il est utile de préciser qu’après quelques verres de bourbons, il peut revenir sur cette idée. Mort saoul, lors d’une partie de poker, il avait tout de même affirmé qu’il était prêt à baiser sa mère s’il perdait.

Oublions l’idée de vendre son corps alors. Que lui restait-il ? Faire des affaires, bien évidemment.
Comment pouvait-il s’y prendre ? Le commerce étant un secteur hautement concurrentiel, il va lui falloir une idée géniale ou alors beaucoup d’innovation.
Avec des marges de près de 300 à 400%, le secteur des substances illicites semblait la parfaite solution.
Seulement, là encore, il y avait un hic. Tom était un jeune mec avec la bouille en brie de Jack Palance, une coupe au gel, le muscle saillant… et du haut de son mètre cinquante, il était difficile d’imaginer qu’il pourrait impressionner ses éventuels détracteurs.
Conclusion : Tom n’était pas forcément taillé pour vendre de la cocaïne.

Mais alors, comment devenir multimillionnaire à l’image de Dan Bilzerian ? Cette question le hantait au quotidien.
La réponse, il la trouva aux aurores. Un matin, se rendant au travail de bonne heure comme tout bon salarié qui se respecte, il leva les yeux vers une affiche publicitaire dans le métro parisien… et là, éclair de génie ! Mais oui, dire que c’était devant ses yeux depuis tout ce temps !

Son Saint Graal tenait en deux mots : paris sportifs ! Mais oui, s’il y avait bien un domaine où l’on pouvait se faire de l’argent facilement, c’était bien celui des paris sportifs.

Ne sachant pas très bien quelle technique adopter au départ, il choisit d’y aller d’une manière qu’il appréciait à tout point de vue : de la manière forte.
Cela se traduisait par des mises surdimensionnées sur des équipes de football issues de villes qu’il ne savait même pas situer sur une carte.

Ce qu’il y a de vicieux avec les paris, c’est que bien souvent, les premières fois, on a tendance à gagner. Cela altère la perception de ces jeux d’argent et on en vient vite à penser qu’il s’agit effectivement d’une façon simple pour faire fortune.
Tom n’a pas été épargné par cette règle. Il a gagné de fortes sommes d’argent au départ de sa carrière de parieur fou. Ce qui le poussa à augmenter ses mises et à les diversifier.

Croyant avoir trouvée sa ruée vers l’or, il pariait de façon frénétique, il était comme possédé par le démon des jeux. Sans qu’il s’en rende compte, il dilapidait son pécule au fur et à mesure.
Et comme la chance n’est pas toujours du côté qu’on le pense, il perdait régulièrement.
Mais que fait-on quand on perd ? Et bien, on tente de se « refaire ». Traduisez cela par miser davantage.

Il s’agit-là d’un cercle sans fin dans lequel, une fois embarqué, on a du mal à s’en sortir. Et c’est exactement ce qui était en train d’arriver à Tom.

À force de tuyaux manqués, de paris farfelus ou autres combinaisons douteuses, il en arriva à un point où, il dut revenir à l’une de ses premières idées pour effacer ses ardoises…
Il faut savoir que certains prêteurs sur gage sont grandement adeptes des fellations…

Mais n’oubliez pas le mot d’ordre : la prochaine fois, on va se refaire.

Un virus et puis s’en va

Chaque nouvelle année apporte son lot de surprises. L’an 2000 est venu avec son fameux bogue informatique qui a paralysé une partie de l’économie. L’année 2015 nous a livré un triste spectacle avec les attentats de Charlie Hebdo. L’année 2002 m’a fait mettre en pratique l’acte sexuel. Ô Natacha, je peux t’assurer que je m’en rappelle les moindres détails de ces cinq minutes-là. Je venais à peine d’avoir onze ans et… enfin, bref, là n’est pas le sujet.

L’année 2020 n’échappe pas à la règle. Tout est parti d’un marché animalier à Wuhan, en Chine. Là, des Chinois s’ennuyaient tellement sec qu’ils n’ont rien trouvé de mieux à faire que de se dire : « Tiens, et si on allait bouffer du pangolin. Et s’il nous reste encore un peu de place pour le dessert, on pourra finir avec une petite chauve-souris. » Le Chinois étant un homme d’honneur et de parole, ni une, ni deux que le pangolin et la chauve-souris étaient déjà dans leur estomac. De fil en aiguille, voilà qu’un nouveau virus fit son apparition, un virus de la famille des coronavirus (car, au microscope, paraît-il, ils ont la forme d’une couronne, un virus princier en quelque sorte) qui sera baptisé par la suite : Covid-19. Le nom qu’on lui a donné m’est pas mal cher, car cela me rappelle au quotidien que la dernière fois que j’eus les couilles vides était en 2019.

Au début, d’aucuns prenaient cela à la légère et les médias n’en parlaient que vaguement. Puis, le nombre de cas augmentant de façon exponentielle, de plus en plus de personnes commençaient à prendre cela au sérieux. Pas une seule minute ne passait sans qu’on ne vît passer des articles relatifs à ce nouveau virus. Tant que les personnes contaminées se situaient en Chine, le reste du monde n’en avait cure, prétextant qu’ils sont bien assez nombreux, donc quelques morts ne feraient pas de mal. C’est lorsque le virus se mit à voyager hors des frontières chinoises que la panique commençait à gagner le reste du monde.

A la suite de quoi, on vit s’installer une certaine animosité envers les Chinois (il y a des tas de blagues à faire là-dessus, mais la situation est suffisamment critique pour que je m’en abstienne). L’Homme occidental démontra ainsi, une fois de plus, à quel point il peut être con. Bon, il faut tout de même se l’avouer, mais comment peut-on faire confiance à un peuple qui pixelise ses vidéos de cul ?

Le nombre de cas atteignant des sommets, la panique commença à s’étendre au niveau mondial. En Chine, on comptait désormais des dizaines de milliers de personnes infectées. Mais, l’esprit compétitif italien demeurait toujours intact. Aussi, le nombre de cas en Italie fit un bond phénoménal. Au fur et à mesure, la plupart des pays Européen furent touchés. Et même au niveau mondial, on n’était pas en reste.

Les autorités des différents pays commencèrent à prendre des décisions pour contre la propagation de ce virus. Au début, ces dernières étaient plutôt gentillettes : laver vous les mains de cette façon, tousser dans votre coude, ne faites pas la bise, ne serrez pas les mains, dites vous bonjour avec les pieds… bref, on redoublait d’ingéniosité pour contrer le Covid-19. Mais face à un virus qui se propageait à la vitesse de l’éclair, il fallait sévir. Aussi, soudainement, fut-il décidé dans de nombreux pays des mises en quarantaine et autre confinement.

La situation changea de manière assez brusque. J’étais au bureau avec une gueule de bois assez robuste quand le premier ministre tchèque annonça qu’une discussion entre parlementaires allait avoir lieu pour décider de la mise en quarantaine ou non du peuple tchèque. La vie étant parfois bien faite, nous eûmes au bureau une coupure de notre connexion internet aux alentours de 14h. Je vis cela comme un signe du Très Haut : il est difficile de passer près de 9h dans un bureau lorsqu’on a la gueule de bois, d’autant plus lorsqu’on est conscient qu’un satané virus rode en ville.

Aussi, après avoir longuement réfléchi avec mon responsable, à savoir deux ou trois minutes tout au plus, nous décidâmes, avec certains autres collègues, d’aller profiter des derniers instants pendant lesquels les bars étaient encore ouverts.
En temps normal, je ne suis pas du genre à me faire prier pour me la coller sévère. Qui plus est, certaines fake news disaient qu’on pouvait éradiquer le virus en picolant, autant vous dire que j’ai pris cette tâche d’extermination très à cœur. Nous avons picolé, avec une poignée de collègues, sans discontinuer de 14h30 jusqu’aux alentours de 23h00. Le lendemain, je ne fis, naturellement, pas acte de présence au bureau, car :
• Version officielle : « c’est trop risqué avec ce virus qui rode »
• Version officieuse : « GDB »
Entre temps, la décision fut prise d’appliquer une quarantaine très stricte en Tchéquie : port d’un masque obligatoire dehors, interdiction de sortir à moins d’avoir une bonne raison (professionnelle, médicale, courses, promener son clébard). Puis, il faut dire que Prague, avec ses bars fermés perd une bonne partie de son charme.

Depuis ce jour-là, je n’ai mis les pieds dehors qu’une poignée de fois : à chaque fois pour aller me racheter des pâtes et du whisky. La tension était palpable. Les passants se regardaient en chien de faïence et pour peu qu’on ait le malheur d’être pris d’une quinte de toux en pleine rue, on était quasiment assuré de se faire lyncher.

La situation ne m’était guère déplaisante au début. Je suis d’ordinaire assez solitaire et l’absence de sociabilisation ne m’a jamais réellement posé de problème. Je fais parti de ceux qui se mentent à eux-mêmes en disant qu’on n’est jamais assez bien qu’avec soi-même, mais la vérité est que la solitude ne m’a jamais dérangée, du moment qu’elle fut peuplée…

Je tournais en rond et ne savait plus quoi faire. J’avais relu l’intégrale de ma collection de John Fante, Charles Bukowski et Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, je m’étais refait l’intégrale de The Wire et des Sopranos, j’avais vu tous les films qui étaient sur ma « To watch list » depuis un bail, j’avais visionné l’intégralité des vidéos de mes catégories favorites sur divers sites pronos… Bref, j’avais épuisé tous mes divertissements et je commençais à virer dingo. J’ouvrais de temps en temps la fenêtre pour voir le ciel bleu, pour voir des passants masqués promener leur chien masqué, lui aussi. Je devais l’admettre, l’Homme me manquait foutrement. Ne plus voir de sourires singuliers, ne plus entendre des personnes rire, ne plus voir de jolis cheveux blonds ondulés, ne plus voir de groupes d’anglais boire bière sur bière et s’amuser, ne plus voir de petite fille faisant une crise, car sa maman ne lui avait pas acheté de glace… tout cela me rendait extrêmement triste et anxieux.

Si un jour tout cela prend fin, je sais d’ores et déjà que les oiseaux ne chanteront plus de la même manière, que nous n’accorderont plus la même importance à nos vains problèmes, que nous saurons apprécier à leur juste valeur les bienfaits que nous offrent la vie et qu’une bière entre amies n’aura plus la même saveur.

Prenez soin de vous et de vos proches et, surtout, dites leurs que vous les aimez… avant qu’il ne soit trop tard.

Mais pour le moment #StayAtHome !