Eclat d’étoile

Selfist.

À des années-lumière, une étoile à neutron
s’est fissurée et à dispersée des morceaux
dans tous les sens, dans toutes les directions,
mais c’est sur Terre qu’a atterri le plus beau.

De la poussière d’étoile du firmament
m’enlace le cœur et l’embrasse tendrement
Afin de me faire oublier à moi, Didi
la tristesse et fadeur de ce monde maudit.

On se tourne autour, on se jauge, on se défit
pour apprendre à se connaître et mettre à profit
le temps qu’il nous reste avant le boulevard
de la fin, avant de plonger dans le trou noir.

Vraiment proches, le cataclysme interstellaire
semble inévitable, mais commence à me plaire,
Une fois unis, prendra place un grand roi,
Il faut toujours être deux pour faire trois.

L’horizon des événements me préoccupe,
une fois franchi, aucun retour en arrière
n’est possible, c’est simplement un préambule,
une éternité à nous, voilà ma prière.

ameublement, clés & cadran

Château de Bran – Une autre époque…

Luis ouvrit ses
yeux et regarda le cadran de
son horloge murale. elle
affichait 3h27 du matin.

comme d’habitude, il
ne parviendrait sûrement pas à retrouver le sommeil.
des nuits perdues,
il en avait connu, des centaines
et des centaines.

mais il décida que celle-ci
n’allait pas en être une.
il appuya sur le petit bouton
de sa lampe
de chevet
et l’ampoule dégueula
sa lumière qui vint
illuminer sa chambre.

il contempla ce qui
l’entourait et arriva
à la conclusion que son ameublement
était d’une autre époque.

il se leva et enfila un pantalon
et un pull
assez épais.
il s’alluma une cigarette.

lorsqu’il l’eut
terminée, il prit ses clés
et sortit.

une douce fraîcheur
le réveilla davantage. il
regarda le ciel et vit
de somptueuses étoiles, bien étincelantes.
il
se dit qu’il devait
bien y avoir une vie là-haut,
quelque part.

puis, il se dirigea vers le parc
qui était à deux pâtés de
maisons de son domicile.
il voulait se balader.

la marche, cette envoûtante
berceuse pour les insomniaques…

demain serait une autre nuit.
un jour, il parviendra à trouver
le sommeil du juste… un jour, peut-être.

Dmitri le forçat

Un vin aigre vint me chatouiller subitement mon gosier,
L’enivrement n’allait pas tarder à enjoliver cette foutue grognasse
Qui, en plus d’être conne, avait un don pour mal choisir ses godasses.
Bon Dieu, pourquoi faut-il que je me foute dans ce genre de merdier ?

Fuir ? Trop tard, ce n’est guère plus envisageable à ce stade.
En face d’elle, j’essaye de garder mon calme et j’écoute ses salades.
Je n’ai qu’une envie : vider cul-sec la bouteille de Chianti,
Mais si je fais ça, elle cessera de penser que j’suis un mec gentil.

Pas le choix, je l’écoute et j’affiche un sourire béat
En acquiesçant de temps en temps avec un signe de tête :
« Mais je suis totalement de ton avis ma Colette. »
Sauf qu’en réalité, son petit prénom, c’est Andréa.

« Oh la belle bourde, la grosse boulette » allez-vous me dire.
Comme si j’en avais quelque chose à faire de tout ça,
Mais ce n’est pas du tout le cas. On me choisit pour le pire,
Le meilleur en moi n’existe pas : je suis Dmitri le forçat.

amende

Lucas avait un frère jumeau
dénommé Léo.

hélas, le destin s’ennuyant
et ne sachant pas trop
quoi faire
pour s’amuser, il
décida
d’ôter la vie à Léo.

cela s’était
passé
sur une autoroute
dans le sud de la
France.
Léo était infirmier
et avait terminé
son service tard dans
la nuit.
en rentrant chez lui,
il était en excès de vitesse
de 24 km/h

il s’était fait
flasher
et cela
l’a surpris et
son véhicule
a terminé sa route
dans la barrière
de sécurité.
il fut mort sur le coup.

lorsque sa femme a reçu
la contravention chez elle,
la photo de Léo était mémorable.
il était en train de se gratter la
tête au moment où il se fit
flasher.

douze ans plus tard,
Lucas emprunta la même autoroute.
il se fit également flasher
et au moment de payer l’amende,
il remarqua qu’il avait
exactement
la même position que son frère sur
la photo…

comme la technologie
a
le don de nous rappeler de douloureux
souvenirs…

Cœur

On naît tous avec lui, même s’il est dur d’apprendre à s’en servir.
Il bat constamment, s’il s’arrête d’un coup, on en vient à mourir,
Mais bat-il pour la bonne personne, t’es-tu déjà demandé ?
Une telle question, est-ce que tu te l’es déjà posée ?

Il a beau battre à la chamade, déchirer ton petit thorax,
Si tu n’y prends guère garde, tu vas finir grandement furax
Parce que tu as laissé y pénétrer une femme vénale
Qui t’a promis l’amour, un quotidien paisible et du sexe anal.

Aussi, n’imagines jamais qu’il ne s’agit que d’un simple muscle
Qui ne fait que battre, que soulever lentement ton petit buste,
Il faut le ménager, en prendre bien soin car on n’en a qu’un seul
Si tu ne veux pas vêtir pour l’éternité un joli linceul.

Chaque homme veut conquérir le fragile cœur d’une femme à tout
Prix, pour y déverser son amour et beaucoup de bonheur tabou
Car il n’y a rien de plus beau que de rendre une personne heureuse,
Sinon, on termine malheureux dans sa propre tombe qu’on creuse.

abîme

j’avais une situation plutôt
convenable. j’étais
plus heureux que la moyenne,
du moins j’avais l’impression de l’être.

puis, lorsque les premiers problèmes
ont commencé à faire leur apparition,
ils ont eu
la fâcheuse idée de se
multiplier de façon
exponentielle.

la tristesse a commencé
à être une partie
prenante majeure de ma vie,
de mon quotidien.
tout ce que j’essayais
de faire pour palier cela
était voué à l’échec.

ma chute fut quelque
peu brutale et
les branches auxquelles
je tentais de
m’accrocher
cédaient sous le
poids de mes problèmes.

ce qui est fascinant
dans une telle
situation,
c’est qu’on se dit qu’à un moment
donné, on va bien
finir par toucher
le fond. mais,
on se trompe, c’est
dans un gouffre sans fond
qu’on chute.

lorsque la vie
nous entraîne dans ses
abîmes,
il n’y a d’autre solution
que de ne plus penser
à la chute,
mais de simplement
accepter de se laisser tomber,
de profiter du voyage
dans les fosses de Marianne.

Cheveux blancs

On naît, on grandit et une belle tête blonde
Fait chavirer les cœurs d’une poignée de bombes.
« Tu as de beaux yeux et une belle coupe, t’sais ? »
Me disaient-elles lorsque j’avais du succès.

Les signes du temps n’épargnent vraiment personne,
Qu’on soit roi, artiste, paysan ou même une bonne.
A tout le monde, le même sort est réservé,
Il ne sert à vraiment rien de tenter de lutter.

Il est vraiment impossible de duper le temps,
On regarde vers le passé, on songe au futur
Alors qu’il faudrait juste profiter du présent
Avant que l’on ne devienne beaucoup trop mûr.

Le physique change et les souvenirs heureux restent,
Les mauvais nous marquent à vie, on veut oublier
En ayant cette impression de lâcher du lest.
De votre bonheur, vous seuls êtes l’ouvrier.

On prend de l’âge et subitement on devient vieux.
Il n’est pas possible de revenir en arrière,
Ni avec de la magie, ni avec des prières.
On ne peut que se souvenir des moments heureux.

Ils nous affaiblissent, ces jolis marqueurs du temps
Des rides, de la fatigue, une santé qui flanche.
On aimerait tant repartir d’une page blanche,
Mais la vie nous offre uniquement des cheveux blancs.

abeille


j’avais dans les huit
ou neuf ans et j’étais
retourné en Roumanie pour rendre
visite à ma famille qui était restée là-bas.

c’était l’été et
il faisait une chaleur de bête,
y compris la nuit.

la maison de mes grands-parents
paternels était plutôt
imposante et avait l’avantage
de conserver une température
décente à l’intérieur.
c’était très agréable, car lorsqu’on
entrait dedans,
un voluptueux choc
thermique nous envoutait.

comme j’avais veillé assez tard,
mes parents me laissèrent dormir là-bas,
chez les vieux.

mes grands-parents s’étaient
essayés à l’apiculture, aussi avaient-ils
des abeilles qui rodaient en permanence
dans les parages.

j’étais terrifié par les abeilles parce
que j’avais entendu dire qu’un
homme était mort, car il s’était
fait piqué par des abeilles.

mais je décidai de ne pas
trop y penser. je parvins à m’endormir,
mais fus réveillé en sursaut avec une terrible
douleur au niveau
de la voute plantaire.
j’alarmai toute la maison
en hurlant de douleur.

une abeille m’avait
piqué à cet endroit précis. j’ai
tout de suite pensé
que j’allais mourir. je vis
ma courte vie défiler devant moi :
les fêtes que je n’avais pas faites,
les petites copines
que je n’avais pas eues,
les voyages que je n’avais pas faits…

ma grand-mère vint
me poser un torchon avec de l’eau
froide et cela
apaisa instantanément la
douleur.

je me risquai à lui
demander si j’allais
mourir ou, encore pire,
si j’allais perdre mon pied. elle
ria à gorge déployée… j’avais compris,
je me sentis ridicule… mais au moins,
je n’étais pas mort.

Astéroïde

Que la vie est douce lorsqu’on rencontre la bonne personne.
On voit les choses sous un angle totalement différent,
Nos corps nus s’entrechoquent et rendent heureux le firmament,
Avant d’être parents, nous sommes tous de bestiaux amants.
L’amour est une belle alchimie, n’est-ce pas mon cher Wilson ?

Une griffure, une morsure, on aime tous l’amour torride,
Des va-et-vient, un rythme très irrégulier et incessant
Le souffle coupé, la transpiration sur nos cous coulant,
On résiste, on donne tout, on démontre tout notre talent,
L’extase, cette belle croisière sur un astéroïde.